Ce vendredi 5 juin, le Forum de Berre a été le théâtre d’un moment de grâce et de profondeur rare. Le comédien et conteur Rachid Bouali y a présenté son dernier opus, « On n’a pas pris le temps de se dire au revoir », une œuvre intime et universelle qui a laissé une empreinte durable sur le public berrois.
Une démarche culturelle partagée La journée fut placée sous le signe de l’échange et de la transmission. Dès 14h30, la première représentation a attiré un public nombreux et engagé. Parmi les spectateurs, une forte délégation du foyer Souleido (Groupe Vivacité) était présente, poursuivant ainsi une immersion culturelle entamée deux semaines plus tôt lors d’une première visite au Forum. Ils étaient accompagnés par les adhérents de l’association France Plus ainsi que par l’équipe et les usagers du Centre Social Aquarelle, témoignant de l’attachement du tissu associatif local aux propositions artistiques du Forum.
Cette ferveur ne s’est pas démentie lors de la séance du soir, où les spectateurs sont venus en nombre applaudir ce récit poignant. En amont de l’événement, une rencontre privilégiée avait été organisée avec le comédien, permettant aux spectateurs de découvrir les coulisses de cette création singulière.
L’intime rencontre l’universel : une saga de la mémoire Ce spectacle vient clore avec maestria une trilogie autobiographique ambitieuse, entamée il y a dix ans avec Cité Babel, Un jour, j’irai à Vancouver et Le jour où ma mère a rencontré John Wayne. Avec ce nouveau volet, Rachid Bouali propose une véritable saga sociale et familiale où le récit personnel rejoint la grande Histoire.
Le point de départ est une coïncidence douloureuse que l’artiste qualifie de « maudite » : la destruction de la cité de son enfance, la Lionderie à Hem, a coïncidé avec le déclin progressif de son père, perdant peu à peu ses souvenirs et sa parole. Face à cet « ensablement » de sa cité et de la mémoire paternelle, Bouali a ressenti un vide vertigineux qui l’a poussé à retourner aux sources, jusque dans les montagnes de Kabylie.
« Ça y est, les ordres sont donnés, les bulldozers avancent, l’effacement de ma cité a commencé… J’ai d’un côté mes souvenirs d’enfance qui s’ensablent et de l’autre petit papa qui s’enruine lentement à l’hôpital », confie l’artiste. En se plongeant dans ce passé, il interroge ce qui nous constitue. Au-delà du récit de vie, le spectacle devient une réflexion nécessaire sur nos différentes appartenances et une lutte acharnée pour conserver les souvenirs précieux qui façonnent notre identité.
Un témoignage qui ne laisse personne de marbre Sur scène, avec une sobriété désarmante, Rachid Bouali réussit l’exploit de transformer sa propre quête en une expérience collective. En explorant comment certains événements historiques ont conditionné sa vie de jeune Français fils d’immigrés, il offre au public une leçon de résilience. Ce vendredi, au Forum de Berre, les spectateurs ont pu mesurer combien, face à la disparition, l’art reste le dernier rempart pour se sentir pleinement vivant et conscient de son propre cheminement. Un moment de vérité qui, incontestablement, continuera de résonner longtemps dans les esprits.