Ce spectacle de la compagnie du i est un éloge sur la filiation des grands-parents aux petits enfants. Les discussions se confrontent entre les générations. Le chant et la musique prennent leur place entre deux tasses de thé illustrant les souvenirs de la vie de chacun. Un spectacle tendre où l’humour trouve toute sa place.
Quand l’heure du thé révèle les fantômes de la lignée
À l’approche de la quarantaine, Bénédicte s’interroge. La jeune femme a choisi un cadre à la fois intime et symbolique pour décortiquer son existence: un the au milieu de son univers musical, invitant sa grand-mère, Régine, pour une confrontation de leurs vies. Dans un cocon scénique où violoncelle et ordinateur côtoient fauteuil et gramophone, Bénédicte espère percer les silences de son aïeule. Mais l’exercice s’avère ardu: Régine, derrière son apparence, a dressé d’épaisses carapaces pour protéger ses blessures passées.
Pourtant, au fil de cet échange intergénérationnel, et bercée par le son du violoncelle, la digue des souvenirs se fissure. Régine, personnage tour à tour clownesque et déchirant, revit les étapes clés de sa vie de femme, de l’adolescence à l’âge adulte. À travers les mots et, plus encore, par la musique qui les lie, Bénédicte découvre peu à peu la femme complexe cachée derrière l’image de la « mamie gâteau ». D’autres figures familiales, attachantes ou terribles, font surface, révélant des résonances troublantes entre les blocages de la petite-fille et ceux de sa lignée, mettant en lumière talents et empêchements hérités.
Cette exploration est portée par la double interprétation de Mathilde Dromard (également à l’origine du texte et de la conception) et Veronika Soboljevski. Les artistes superposent la voix des personnages à la leur, injectant une respiration par l’humour, signature de la démarche. La narration voyage sans cesse entre le présent du thé, les souvenirs de Régine et l’espace-temps propre à la représentation, une construction que reflète une musique métissée.
Le répertoire, vaste et éclectique, pioche dans les chansons ayant jalonné les vies des deux femmes – d’Alfonsina y el mar à l want to break free. L’atemporalité du violoncelle s’allie au gramophone ou au looper contemporain, tandis que Célyne Baudino enveloppe l’ensemble d’ambiances sonores, mêlant sons bruts, bruits enregistrés et compositions mélodiques. Ce mélange d’époques et de styles vise à traduire le bagage émotionnel familial transmis, offrant au spectateur une facette singulière de la vie intérieure des personnages.